• Elodie's Bakery

Carrot cake

S'il y a bien un gâteau qui siège confortablement dans le top 10 de mes recettes préférées, c'est le carrot cake ! La recette, élaborée il y a 7 ans désormais, n'a pas bougée et c'est très bien comme ça.




Aurore et la saveur du carrot cake...


C’était un samedi comme les autres, un samedi de début d’automne, quand les arbres se dénudent timidement, qu’ils perdent leurs feuilles comme une danseuse burlesque s’effeuille, avec lenteur, faisant languir un public animé d’un brûlant désir.

C’était un samedi entre soleil rieur et ciel pleureur, Aurore n’aimait pas l’hésitation, le presque ou l’à peu près de ces journées. Depuis quelques jours elle se sentait agitée, quelque chose la préoccupait mais elle n’aurait su mettre les mots dessus. Et à son tour, elle avait l’impression de ne pas être tout à fait elle, tout à fait entière.

Elle s’était levée et avait été saisie par une douleur aiguë et parcourant ses cervicales. Peut-être était-ce le changement de saison, l’appréhension de retrouver des jours plus courts, quand la nuit enveloppe la ville d’un voile sombre et que les jours solaires tirent progressivement leur révérence ?

Elle essayait de se mouvoir, rien à faire, son corps semblait ne plus répondre. Comme désaxé, pas vraiment à sa place, comme après avoir reçu un choc d’une violence sans précédent. Le médecin, qui était passé, n’avait rien décelé d’anormal. Il mettait les maux d’Aurore sur le compte d’un éventuel stress passager.

- Ne vous en faites pas, tout devrait rentrer dans l’ordre, lui dit-il. Quelques décontractants musculaires, du repos, de l’eau, beaucoup d’eau surtout ! Et puis vous devriez être sur pieds dès lundi.

En début d’après-midi, alors qu’elle était allongée, scrutant le plafond de sa chambre, Aurore recevait un appel, c’était sa mère.

- Ma chérie ?

Aurore décelait de la nervosité dans sa voix. Elle imaginait ce funambule, tanguant sur son fil, tendu entre deux falaises, dessous, le vide. Elle comprenait que quelque chose s’était passé.

- Oui Maman.

- Bon, ne t’inquiète pas… il est arrivé quelque chose à ton frère. Rien d’alarmant, non. Il vient d’être pris en charge par les urgences.

Aurore savait parfaitement que lorsque sa mère lui demandait de ne pas s’inquiéter, alors les choses était bien plus dramatiques qu’elles en avaient l’air. Si sa mère - habituellement alarmiste quand il s’agissait des mésaventures de ses enfants - feignait le détachement, alors oui, Aurore devait s’inquiéter.

Sa mère lui dit qu’elle l’a tiendrait au courant mais que pour le moment il était essentiel qu’elle se repose.

Elle comprit, bien des heures plus tard, et force d’appels interrompus, d’informations contradictoires, de silences anormalement longs, que Bruno était dans un état grave ; en fait, tel le funambule, Bruno tanguait entre la vie et la mort.

Elle comprit la douleur qui, le matin même, l’avait sortie de son sommeil : au même moment, Bruno percutait violemment une voiture.

Il conduisait trop vite, beaucoup trop vite. Il avait toujours été convaincu d’être une force de la nature, intouchable, invulnérable. A vrai dire, il l’était. Un corps sculpté par la pratique acharnée du sport, une force de titan, faisaient sa réputation. S’il avait fallu déplacer une montagne, Bruno s’en fut cru capable. Il narguait souvent la vie, en dépassant toute limite accessible et il se moquait bien des avertissements que cette dernière lui envoyait parfois. C’était elle ou lui.

Le cou d’Aurore, ses épaules, son cœur, s’étaient soudainement paralysés. Bruno souffrait d’une multitude de fractures, de commotions cérébrales, et elle le ressentait.


Elle et lui avaient été élevés comme des jumeaux. Il était impossible de déterminer lequel des deux était l’aîné. Ils étaient, à la naissance, pourtant bien différents : Bruno présentait une chevelure blond vénitien, d’éparses taches de rousseur sur le nez et des yeux noisette. Aurore était, quant à elle, « aussi fraîche qu’une rose » disait sa mère. Des yeux et des cheveux noirs de jais. Elle était arrivée un jour de décembre, quelques jours avant Noël, à l’heure du goûter. Des flocons de neige tombaient silencieusement et recouvraient le sol d’une couverture aussi blanche et légère qu’une meringue italienne.

Les trois années qui les distançaient elle et Bruno, étaient imperceptibles. Bien sûr, il était un peu plus grand qu’elle, mais à part cette mince différence, rien ne laissait entrevoir leur écart d’âge.

Bruno était un casse-cou, fonçant tête bêche dans les aventures les plus périlleuses et saugrenues qui soient. Il fallait avoir le cœur bien accroché et doubler de vigilance quand il s’agissait de garder un œil sur lui ! Aurore, toujours dans son ombre, était son garde-fou, la petite voix qui lui soufflait combien il était risqué de grimper à une telle hauteur, de s’hasarder dans la profondeur des bois ourlant le village qu’ils habitaient ou, pire encore, d’encourager les copains bien moins expérimentés à le suivre.

Elle veillait, silencieuse et spectatrice sur cette graine étrange qu’était son frère, et la façon biscornue qu’elle avait de pousser, de grandir, en cherchant toujours à aller plus fort, plus vite.


Aurore essaya à maintes reprises d’obtenir des informations et concernant l’état dans lequel se trouvait Bruno. Il lui était impossible de savoir s’il était encore hospitalisé ou s’il avait été admis en salle de réveil, alors même qu’il s’était écoulé des heures après son accident. Le corps médical employait des termes farfelus pour expliquer une chose pourtant très simple : son frère était plongé dans un coma profond et il était impossible de savoir si, oui ou non, il se réveillerait.

Aurore était foudroyée d’émotions contradictoires. Elle n’arrivait pas à pleurer, pas même à hurler. La colère, la tristesse et l’incompréhension s’étaient emparées d’elle la rendant inerte. Elle se sentait bien inutile et beaucoup trop loin de son frère, qui était soigné dans un hôpital de région, alors même qu’elle était enfermée dans son appartement parisien.

Il fallait attendre lui disait-on. Bruno avait subi une batterie d’examens et d’opérations réparatrices. Il était, pour l’heure actuelle, en train de mener son plus grand combat.

Aurore errait comme une âme en peine. Elle ouvrait un livre, tentant vainement d’en parcourir les lignes, c’était perdu d’avance… Elle se dirigea vers la cuisine et pour se préparer à déjeuner. Déjeuner, voilà une idée qui lui semblait bien sotte, elle qui n’avait plus d’appétit et un étrange goût métallique au palais.


C’est alors qu’en ouvrant la porte du réfrigérateur elle le vit. Deux épaisses génoises à la couleur orange vitaminée, recouvertes d’un glaçage blanc, brillant, et sur lequel était déposées des noix de pécan légèrement torréfiées. Des parfums de cannelle, de cardamome et d’orange se dégagèrent à l’instant même où Aurore ôta la cloche qui le protégeait. Il avait bonne mine, il se tenait là, fier, imposant. Lui, c’était le carrot cake qu’elle avait préparé deux jours plus tôt, quand Bruno était passé dîner. Il adorait ce dessert et demandait souvent à Aurore, les yeux débordant de délice, qu’elle lui en prépare un.

Cela faisait quelques années désormais qu’elle se plaisait à le réaliser. La recette avait évolué : des zestes d’orange avaient été ajoutés au glaçage et pour apporter un peu d’acidité, les raisins secs étaient parfois remplacés par des canneberges séchées, surtout en période hivernale, quand Noël approchait. Il y avait un ingrédient mystère qui le composait, se mariant parfaitement à la carotte, mais que personne n’avait encore deviné… Si Aurore livrait parfois la recette, elle omettait volontairement de le mentionner. Cela ne changeait que subtilement sa saveur, et il restait succulent à en croire celles et ceux qui avaient eu la chance d’y goûter.

Aurore se moquait gentiment de Bruno en lui disant que s’il appréciait ce gâteau c’était justement parce qu’il était à la carotte, rien d’étonnant pour quelqu’un dont le surnom était « Poil de Carotte » ! Le blond vénitien de sa chevelure ayant viré au roux flamboyant au fil du temps.


Aurore observa le carrot cake et pensa à Bruno. Elle fût alors submergée par une vague douloureuse, lui empoignant le cœur, lui serrant les entrailles, coupant sa respiration. Elle était secouée d’un sanglot silencieux, l’air peinant à être expulsé de ses poumons, aussi lourd que le plomb. Ses cervicales, sa colonne vertébrale se délièrent et elle eut la sensation de tomber, de s’éparpiller au sol tel du bris de verre. Les larmes ne cessaient plus de perler à la frange de ses yeux, elle était dévastée.

Quand elle n’eut plus la force de pleurer, quand toute notion du temps semblait s’être évaporée, Aurore se releva.

Peut-être était-elle restée cinq minutes ou même une heure, à se laisser envahir par le chagrin, elle ne savait plus vraiment et peu lui importait.

Elle prit à cet instant la décision la plus forte qu’elle aurait à tenir pour les semaines à venir : elle ne pleurait plus, non. Elle croirait. Elle serait convaincue que si Bruno avait toujours été aussi fort alors il ne pourrait pas renoncer aujourd’hui. Quel que fut le temps que cela prendrait, elle était convaincue, en son for intérieur, qu’il se réveillerait.

Et comme une recette miracle, comme une potion magique, comme une incantation qu’elle aurait prononcée, elle déciderait de laisser le carrot cake où il était, sur la première étagère du réfrigérateur. Si ce dernier ne faiblissait pas, alors Bruno non plus. Elle ferma les yeux et dit à voix basse

- « Que la magie circule entre les êtres, que ton festin d’hier soit ta force de demain, que tu te tiennes à nouveau debout, fier et aussi plein d’aplomb que ce carrot cake Poil de Carotte ».


Si les semaines qui passèrent ensuite furent interminables - le pronostic vital de Bruno étant grandement engagé au départ - les premiers jours d’Hiver, non loin du solstice et de l’anniversaire d’Aurore, annoncèrent le réveil de Bruno.


Le carrot cake, lui, était toujours debout, sous cloche, plus parfumé encore.


Ingrédients pour un cake de 10 parts


Pour le gâteau

255 g de farine

1 c. à c. de bicarbonate alimentaire

1 c. à c. de levure chimique

1/2 c. à c. de sel

2 c. à c. de cannelle en poudre

3 gros œufs

250 g de sucre en poudre

12 cl d'huile de tournesol

18 cl de lait fermenté

2 c. à c. d'extrait de vanille liquide

200 g de carottes finement râpées

50 g de noix de coco râpée

150 g de noix hachées

100 g de raisins secs


Pour le glaçage

300 g de fromage frais à tartiner

125 g de beurre doux

180 g de sucre glace

Le zeste d'une orange 2 c. à c. d'extrait de vanille liquide

Quelques noix de pécan hachées


Préparation


1. Préchauffez le four à 180°C. Beurrez et tapissez un moule à cake de papier sulfurisé. Réservez.

2. Tamisez ensemble la farine, la levure, le bicarbonate alimentaire, le sel fin et la cannelle moulue.

3. Dans un autre saladier, battez les œufs et le sucre ensemble pendant une minute. Ajoutez l'huile, l'extrait de vanille liquide et le lait fermenté.

4. Incorporez à l'appareil liquide le mélange de farine, fouettez la préparation à l'aide du batteur électrique. Terminez par incorporer la noix de coco, les noix hachées, les raisins secs et les carottes râpées.

5. Verser la préparation dans le moule à cake. Tapez doucement celui-ci contre le plan de travail et pour chasser l'air de la préparation. Faites cuire pendant 50/55 minutes. La lame d'un couteau doit en ressortir sèche.

Laissez le carrot cake refroidir pendant 30 minutes avant de le démouler et de le laisser complètement refroidir sur une grille.

6. Réalisez le glaçage : battez le beurre doux en pommade et incorporez progressivement le sucre glace. Ajoutez le zeste d'orange, l'extrait de vanille liquide puis le fromage frais. Battez cette préparation à l'aide du batteur électrique, pendant 2 minutes, à vitesse moyenne.

Répartissez ce glaçage, à l'aide d'une spatule, sur le dessus du gâteau et les pourtours si souhaité. Décorez de quelques noix hachées.

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