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Caramels aux cacahuètes

Parfois, je me fais un monde d'une recette ! Et puis je l'apprivoise, progressivement, avec patience et assiduité. C'est le cas de ces caramels aux cacahuètes. J'aime ces confiseries, mais plus encore lorsqu'elles sont twistées avec des fruits à coques, des fruits secs ou encore des parfums insolites. Cela leur donne charme et caractère, ingrédients indispensables à une cuisine singulière.





Aurore et les caramels aux cacahuètes


Les derniers frimas de l'hiver s'étaient dissipés et les balcons parisiens montraient les premiers signes du printemps. On observait jacinthes et tulipes ponctuer les façades haussmanniennes de leur robe ardente. Les carmins et jaunes or mouchetaient irrégulièrement cette toile de pierre grise, quand de timides feuilles de marronniers éclosaient par delà les chevelures ébouriffées des passants.

Les températures étaient plus douces, et pourtant Aurore étouffait. Cela faisait quelques mois déjà qu'elle éprouvait cette sensation de saturation de l'air, un poids invisible semblant peser sur sa poitrine. Parfois, au creux de la nuit, alors même que le reste du monde se lovait sous une masse de couverture, elle ouvrait grand les fenêtres, basculait tout son être en avant et remplissait ses poumons jusqu'à ce qu'une légère euphorie s'empare d'elle.

Elle savait. Elle savait que l'organe qui claudiquait était son cœur. Depuis quelques mois, ses sentiments pour Félix s'engluaient dans un marasme de doutes et de culpabilité. Elle sentait tout son être tourner au ralenti, l'envie la quittant progressivement. Elle trouvait l'amour bien injuste, elle qui lui vouait une réelle passion. Elle savait que pour qu'une histoire ne s'arrête pas, que les pages continuent de s'écrire, il fallait preuve d’abnégation, d'imagination, de tendresse, de curiosité, de prudence mais aussi de spontanéité toujours renouvelée.

Elle avait essayé de suivre ces préceptes, tantôt affriolante, tantôt pondérée. Elle aimait surprendre Félix. Oh, ça n'était jamais qu'un soupçon de magie, mais ça en était, disséminé ça et là, au fil des jours s’égrainant.

Bien sûr, la perfection ne définissait pas leur couple et, comme d'autres, il avait ses couacs, ses légers grincements qui laissaient entendre combien il était important de huiler le mécanisme. Parfois Aurore et Félix se disputaient mais ça n'était jamais très fort, la houle s'en allant aussi imperceptiblement qu'elle avait accosté aux rives de leur affection.

Et puis un soir, alors attablés au restaurant du quartier, aussi surprenant qu'un moucheron s'écrasant violemment sur le par-brise d'une voiture en marche, Aurore avait quitté Félix. Elle ne savait plus si la burrata aux truffes, arrosée d'huile d'olive, leur avait été amenée avant ou après cette fracassante annonce. Elle se rappelait pourtant avoir l'appétit coupé, et le cœur comme chargé de plomb. Après tout, s'il est douloureux d'être quitté, quant est-il d'être celle qui part ? Et bien Aurore, elle, connaissait ce déchirement, cette impression d'être l'abjecte quand l'autre est l'éclopé, le laissé pour compte. Pourtant, toutes ces semaines précédant son départ - car oui, il s'agissait bien de quitter, plus qu'un homme, un port d'attache - elle avait pleuré, seule, dans le velours des nuits noires. Elle attendait, l'âme en silence, que demain soit différent, que Félix se réveille et que tous les deux reprennent la route. Seulement voilà, il y avait longtemps qu'ils faisaient fausse route et seule Aurore acceptait d'assister au lent trépas de leur histoire. Il était devenu nécessaire que chacun emprunte sa direction.


Quelques semaines passèrent, Paris était tantôt triste et se noyant sous des trombes d'eau, tantôt gaie et étonnamment fiévreuse. Insensiblement, Aurore revenait à elle. Les cernes soulignant ses yeux, disparaissaient pour découvrir un œil rieur. Elle avait été faire les boutiques, et s'était surprise à jeter son dévolu sur des matières soyeuses, transparentes, des dentelles. Les coupes étaient plus ajustées et mettaient en valeur ce qu'Aurore, jusqu'à maintenant, s'évertuait à cacher : la courbe de ses hanches, la cambrure de ses reins, l'arrondi de ses seins. Elle apprenait à lire, avec un regard neuf, l'esquisse de son corps. Ce corps qui avait été un peu oublié, comme laissé de côté pour plus tard. Le printemps semblait s'emparer de tout son être : le soleil donnait à son peau une teinte miel, la gestuelle était plus ample, plus suave, une harmonie nouvelle la parcourait lui redonnant cet aplomb qui la caractérisait tant, cette mutine énergie bien à elle. Aurore se demandait alors quelle saveur avait son épiderme désormais, quelle friandise elle pouvait être ? L'expérience et les récents événements lui avait donné plus d'assurance, son goût devait être plus subtil. Si elle n'avait pas encore la prétention de pouvoir comparer sa chair à la teneur et la finesse d'un chocolat, elle sentait qu'elle pouvait être gourmande, surprenante, douce mais divergente... Elle imaginait alors un caramel, crémeux, à la robe veloutée, à la densité réconfortante et singulier par cette fleur de sel fondant en bouche...


Alors qu'elle devait dîner avec Nathanaël, elle avait opté pour une tenue plus audacieuse qu'habituellement, mais lui seyant parfaitement : un short en jean élimé, une chemise oversize ceinturée, des collants plumetis et des boots en daim.

Cela faisait quelques jours que la tension s'était accrue entre eux. L'attirance charnelle était indéniable, pourtant Aurore restait sur ses gardes. Nathanaël était courtisé, son charme, légendaire ! Et sa séparation restait récente, si l'on en croyait ses amis, tous d'accords pour dire qu'il était un peu tôt pour une nouvelle romance.

Et puis Aurore ne cessait de croire que quelqu'un l'attendait quelque part et que Nat' ne serait probablement que ce pont entre deux rives, cet entre-deux qui vous rappelle combien on peut être vivante.


Elle se précipitait pour rejoindre le boulevard Ménilmontant et le restaurant italien que Nat' lui avait laissé choisir. Elle était en retard et la pluie trempait sa veste en jean. Elle savait qu'elle aurait à attacher ses cheveux sans quoi, d'ici quelques heures, ils formeraient une masse informe, ondulée, digne des brushings hollywoodiens. Son maquillage, déjà discret, aurait certainement disparu à son arrivée, mais qu'importe, elle n'avait à impressionner personne, surtout pas Nat', qu'elle préférait laisser venir.

Le dîner s'était bien déroulé, ils avaient commandé des pâtes aux coques et une bouteille de vin rouge. Leurs conversations étaient animées, et leurs corps se rapprochaient à mesure que la soirée avançait.

Quand il fût l'heure de partir, Nathanaël retint Aurore

_ Attends, lui dit-il.

_ Oui ?

_ Un ami doit nous rejoindre, il part demain, tôt, pour les Antilles, mais je l'accueille pour la nuit.

Aurore était surprise. Elle n'imaginait pas suivre Nathanaël chez lui, et plus encore, elle ne pensait pas qu'il lui proposerait que leur dîner se termine à trois, autour de la table. Elle fut alors prise d'une légère panique : elle n'avait jamais rencontré les amis de Nathanaël, les choses allaient trop vite.

Aurore vida son verre d'un trait, essayant de se donner, à nouveau, un peu de contenance . Les secondes semblaient être des heures et elle rêvait à la chaleur de ses draps les draps, à la maison. Même si désormais, son chez elle, était une chambre en collocation, où les cartons de toute une vie s'empilaient, formant des remparts disgracieux, la protégeant de l'envahisseur.


C'est alors qu'il passa la porte d'entrée. La pluie n'avait pas cessé et ses vêtements étaient ruisselants. Il salua avec beaucoup d'élégance le personnel du bar puis se dirigea vers eux.

Nathanaël et lui se gratifièrent d'une généreuse accolade. Il prit place en bout de table.

Aurore fut saisie. Immobile, sentant un léger tremblement s'emparer d'elle, elle murmura du bout des lèvres "Bonsoir".

"Bonsoir", répondit Gaspard.



Ingrédients pour 24 caramels


Pour l'appareil

310 g de crème fraîche 30% mat. grasse

550 g de sucre en poudre

100 g de beurre doux

1 c. à c. de sel de Guérande

350 g de Golden Syrup

400 g de cacahuètes torréfiées



Préparation


1. Dans une casserole, versez la crème fraîche, le sucre, le beurre coupé en morceaux, le sel de Guérande, le golden syrup. Mettez cette masse à chauffer à feu moyen, sans remuer, jusqu'à ce qu'elle boue.

2. Réduisez la chaleur du feu puis continuer de faire chauffer jusqu'à ce que la température du caramel atteigne les 124°C (soit au bout de 12/15 minutes de cuisson).

3. Mettez la casserole hors du feu et laissez refroidir 5 minutes. Ajoutez alors les cacahuètes et mélangez.

4. Garnissez un moule carré (20cm x 20cm) de papier sulfurisé, versez le caramel dans le moule.

5. Laissez le caramel figer à température ambiante ou au réfrigérateur pendant minimum 8 heures (ou toute la nuit).

6. Pour découper des carrés, sortez le caramel 10 minutes avant et démouler-le.


Les caramels se conservent dans une boîte hermétique au frais et séparés par du papier sulfurisé.


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