• Elodie's Bakery

Cake au citron, romarin et huile d'olive

Un mélange subtil de saveurs gorgées de soleil, un surprenant mariage, une expérience inoubliable.





Aurore et la saveur du cake au citron...


Ce matin-là, Aurore n’avait pas laissé le temps à son réveil de sonner, les yeux grands ouverts dans la pénombre de sa chambre, elle scrutait les ombres aux formes incertaines et qui surgissaient ici et là, quand une faible lueur filtrait par l’embrasure de porte. « Drôle » se dit-elle, les ombres ne sont que le versant de la lumière. Sans clarté il n’existe de spectre. Mariage subtil entre assurance et crainte, joie et tristesse, légèreté et profondeur, jour et nuit. Elle préférait le matin au crépuscule, depuis enfant elle imaginait que chaque jour portait avec lui une valise de promesses et de liesses. Comme une pile de chemises fraîches, doux parfum de lavande, qui auraient séché sur le fil et que la veille aurait précautionneusement déposé dans la profondeur d’une vieille malle au cuir élimé. Le lendemain, lui, se chargerait de vêtir quelqu’un d’une ambition, d’une joie nouvelle.

Elle s’étira longuement, se dépliant telle une liane, allant chercher du bout des pieds une distance imaginaire. Il faisait encore frais, le Printemps, frileux, tardait à arriver, et balayait les cimes des arbres d’un impassible vent. Elle revêtit son pull en laine écru, à la maille dense et chaude. Elle l’aimait particulièrement pour sa forme ample, la liberté de mouvement qu’il offrait. Il était un peu défraîchi, plus vraiment à la mode, elle le savait… mais toujours elle avait privilégié le confort aux tendances et au style. « Tout est cycle Polochon, la mode aussi, tu verras, les chandails décatis seront les must-have de demain » s’amusa-t-elle à dire à son vieux chat. « Même toi et tes sept vies, vous êtes indémodables ! ». Polochon, roulé en boule, ne prêta que peu d’attention à Aurore ; contrairement à elle, il aimait la nuit, son lot d’aventures extravagantes, même dans un appartement dont il connaissait désormais chaque centimètre pour les avoir arpentés maintes et maintes fois, sans jamais s’en lasser. Il se déplaça pesamment vers les oreillers, où la chaleur du corps d’Aurore était encore présente, où son parfum de musc blanc s’était déposé sur les fibres de coton. Chaque jour, elle vaporisait sa chevelure d’une fragrance suave et tonique puis, dans un geste flou, elle replaçait quelques mèches rebelles. Elle avait toujours entretenu un rapport conflictuel à sa coiffure : son visagiste attitré lui garantissait que, très naturellement, ses cheveux se replaceraient d’eux-mêmes, vaste illusion. Elle avait fini par les laisser vivre et ils le lui rendaient dans une épaisseur brouillonne aux reflets miel, indomptables, sauvages, et curieusement, cela lui seyait.

Aurore se dirigea vers la cuisine, sa peau frissonna au contact du carrelage froid. Elle saisit la Bialetti, marquée par les flammes, et au couvercle érodé. Mécaniquement, elle versa l’eau, puis le café moulu. Déposant la cafetière sur le gaz, elle saisit un morceau de pain qu’elle glissa dans le toasteur. Dehors, le soleil jouait dans les interstices des immeubles, l’artère qu’elle habitait était étroite, mais elle pouvait deviner, si le ciel était capricieux ou clément.

Aujourd’hui, le salon était baigné de lumière, le marbre de la cheminée tranchait avec les murs blancs, elle devinait, dans les vitres du vaisselier chiné, la silhouette de la ville. Elle distinguait la clameur de la rue en contrebas, les rideaux métalliques des commerces s’ouvraient dans un grincement familier. Elle étala une généreuse couche de beurre sur sa tartine et la trempa dans son café chaud.

Elle aurait aimé figer cet instant pour le calme et la douceur qu’il lui apportait mais elle savait, depuis quelques jours désormais, qu’elle aurait à se confronter à son passé. Ce rendez-vous l’attendait depuis son départ, depuis qu’elle avait fait le choix, deux ans auparavant, de quitter sa peau, de choisir l’équilibre à l’instabilité, de préférer la sérénité à l’agitation.

Elle n’avait jamais su si l’Amour avait réellement participé à ce chapitre de sa vie, le bonheur comme l’amertume l’avaient tant rythmé et les émotions avaient été si intenses qu’elle ne pouvait nier l’éventualité d’un affolement du cœur. Elle comparait souvent cette longue parenthèse à la saveur du gâteau au citron : doux et acide à la fois. Elle en était gourmande mais très rapidement, elle avait compris combien cette sapidité était à double tranchant. Sincère, elle avait ouvert son être tout entier à cette idylle. Longtemps, elle avait regretté de s’y être abandonnée, d’avoir été aveuglée par la candeur des sentiments. D’un tempérament naturellement affirmé, elle s’était promis de ne jamais être dupée, et se persuadait de toujours pouvoir être rattrapée par un implacable pragmatisme. C’était sans compter sur le sens de l’humour, parfois grinçant, de la vie.

Elle se souvint alors des conversations à bâtons rompus avec ses plus tendres amis, qui, débordant de bienveillance et de patience, avaient essayé de lui ouvrir les yeux. Ils la connaissaient si bien.

« Aurore, si l’amour se veut parfois tantôt tordu ou claudiquent, s’il est insaisissable, s’il a ses raisons, s’il est fort et fragile à la fois, s’il est, tout simplement, alors où s’en sont allés ton sourire et ta rondeur ? ». Il lui en avait fallu du temps pour accepter que, tout simplement, elle ne pouvait pas être seule à alimenter le lit d’un fleuve qu’elle aurait souhaité torrent, intense, fort et, par-dessus tout, la promesse d’une vie à deux, quand elle était à l’étroit et lassée de nager à contre-courant.

Plusieurs fois elle avait essayé de trouver la pièce de puzzle manquante, celle qui aurait pu découvrir une œuvre de douceur et volupté.

Était-ce son intensité trop marquée qu’il fallait taire, ou bien ce besoin brutal, à vif, d’appartenir à l’autre, d’être la lumière quand il est ombre, d’être la fraîcheur quand il est fièvre, d’être le calme quand il est agitation, d’être l’énergie quand il est apathie ? Elle pensait bien faire quand elle avait tout faux. Elle s’était perdue dans bon nombre de gesticulations, elle y avait laissé sa peau, son corps était endolori. Comment cela pouvait-il être possible ? Comment pouvait-on s’oublier, oublier d’être ?

Puis aux premiers jours du Printemps, comme une renaissance, elle avait été frapper chez lui. Jamais elle n’avait eu les clés, pourtant sa brosse à dent et ses sous-vêtements avaient élu domicile entre chambre et salle-de-bain.

Nathanaël lui ouvrit. Elle l’avait prévenue de son passage, sans en donner la raison, sans quoi elle aurait très certainement abandonné l’idée d’un départ propre et rapide, sans bavures aucune.

Dans l’appartement, un parfum d’ail et d’oignons flottait. Pendant un court instant elle crut à un dîner, un bond en arrière, quand elle restait pour souper, quand ils refaisaient le monde et que le dessert avait la saveur de peaux enlacées, émues par l’ardeur. Très vite elle se ravisa. Encore une fois, elle s’en voulait de sa crédulité, de son innocence alors même que les dés étaient jetés.

Promptement, elle se dirigea vers la chambre, sans un mot, ni même un regard à son adresse. La gorge serrée, le cœur affolé, martelant sa poitrine qui semblait avoir soudainement rétrécie, elle vida l’étagère où ses vêtements avaient été scrupuleusement pliés par la femme de ménage. Rapidement, elle embrassa du regard la pièce puis en sorti. Elle manqua bousculer Nat’, figé dans l’embrasure de la porte, et tenant toujours une spatule en bois à la main. De l’huile gouttait sur le sol rutilant. Si elle n’avait pas eu l’appétit coupé par l’agitation, elle aurait volontiers plongé son doigt dans la sauce qui bullait doucement sur le feu. Aurore avait toujours été friande de bonne cuisine. Nat’ et elle avaient écumé de nombreux restaurants, s’extasiant sur la qualité des assiettes, la frivolité du chef, l’originalité des saveurs. Paris, lui manquait d’ailleurs pour sa richesse et la diversité des établissements de bouche qu’on y trouve. Dans son souvenir, jamais elle n’avait mangé deux fois au même endroit. Cette ville gagnait haut la main sa qualité de capitale gastronomique !

Il la regarda, sans un mot d’abord, puis, comme s’il y était préparé, il proposa très calmement de discuter. Elle s’y refusa. Ses yeux étaient imperceptiblement ourlés de larmes, mais elle devait maintenir le cap, tenir le gouvernail. Elle s’arma de courage et lui dit qu’il en était ainsi, qu’aucun mot, aucun geste, ne pourrait désormais changer quoi que ce soit. Son voyage continuait quand le leur s’arrêtait. Dehors une chaleur étouffante participait à la pesanteur de cet instant qui semblait comme suspendu, sur le fil. Le mois d’avril promettait d’être brûlant. Avril, si leur histoire n’avait pas revêtu son costume de fiasco alors ils auraient fêté leur deux ans quelques jours plus tard. Peut-être sur les rives du Pacifique, car s’il y avait bien eu un projet c’était celui-ci : découvrir ensemble les bleus céruléens bordant l’Océanie.

Elle lui tourna le dos, passa la porte d’entrée. Ce fut la dernière fois que leurs pupilles s’embrassèrent, et les rêves exotiques s’évaporèrent.

Polochon sorti Aurore de ses élucubrations, frottant son renflement sur ses chevilles. Polochon savait. Il avait été là les nuits suivantes, quand Aurore recroquevillée sur elle-même, purgeait son âme de tout balbutiement amoureux. Il l’avait consolée par ses ronronnements réguliers, lui assurant que la sérénité la gagnerait encore et encore, que chaque éclat de son cœur en miette se rassemblerait. Et quelques semaines plus tard, en effet, le poids plombant sa poitrine s’était peu à peu dissipé, laissant tout son être s’épanouir telle une fleur, un oiseau du Paradis, en quête de splendeur.

Elle vida sa tasse d’un trait puis fila sous la douche, elle espérait que la course de l’eau sur son épiderme soit rassénérante.

Ils s’étaient donné rendez-vous sur le parvis de la gare. Un calme olympien s’était installé en elle lors du voyage en train. Ces à-côtés avaient cet effet sur elle : regain de tonus, désir de conquête et soif de découverte.

Elle l’aperçu au volant de sa voiture, cheveux bataille, lunettes vissées sur le nez et en guise d’accueil un geste ample, brassant l’air d’une main.

Elle s’attendit à un hoquet du cœur, un battement d’ailes de papillon au creux du ventre, quand l’appréhension de retrouver un être qui a compté s’empare de vous. Rien. C’était comme s’ils s’étaient vus la veille, l’Amour en moins. Le temps avait-il fait son œuvre ? Certainement… Aurore se dit alors que la saveur du gâteau au citron avait évolué, qu’elle appartenait désormais à un délicieux souvenir, où le pardon, la maturité s’équilibraient. Les ombres, elles, semblaient soudainement danser dans la lumière…


Ingrédients pour un gâteau de 10 parts


Pour le cake

250 g de sucre

4 gros oeufs

16 cl d’huile d’olive

15 cl de vin blanc type Muscat (à l'arôme muscaté) ou Chardonnay (au nez vif, arôme d'agrumes pour le Chablis par exemple)

Le zeste et le jus de deux citrons

320 g de farine

½ c. à c. de sel fin

1 sachet de levure chimique

1 c. à c. d’extrait de vanille liquide

2 c. à s. de romarin frais haché finement


Pour le glaçage

1 blanc d’oeuf

200 g de sucre glace

Le jus d’un demi citron


Préparation


1. Préchauffez le four à 180°C. Garnissez un moule à cake de graisse puis de papier sulfurisé. Veillez à couvrir tous les bords.

2. Dans un saladier, battez le sucre et les œufs pendant 2 minutes. Le mélange doit blanchir et doubler de volume. Ajoutez alors le jus de citron, l’extrait de vanille liquide, l’huile d’olive et le vin blanc.

3. Tamisez ensemble la farine, le sel, la levure et le romarin frais. Incorporez progressivement ce mélange à l’appareil liquide.

4. Versez la préparation dans le moule à cake, laissez un 2 cm de libres car le cake montera à la cuisson. S’il vous reste de la pâte, versez-la dans des moules à cake individuels !

5. Faites cuire le cake pendant 40 minutes (si jamais il colore sur le dessus, disposez une feuille de papier aluminium).

6. A la sortie du four, laissez le cake refroidir pendant 15 minutes. Démoulez-le puis laissez tempérer sur une grille pendant deux heures.

7. Réalisez le glaçage en battant le blanc d’œuf avec le sucre glace et le jus de citron, versez ce mélange sur le cake et laissez figer.

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